L’accident qui nous rappelle douloureusement l’importance de la culture sûreté
Au moment où nous célébrons les 80 ans de la création de nos entreprises, en rappelant à juste titre ses succès et sa contribution à la fourniture d’une électricité sûre, disponible et abordable, un autre événement se rappelle à nous :
Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl explosait.
L’explosion de vapeur projeta tout autour du site plus de la moitié du contenu du réacteur, et libéra des quantités importantes de produits de fission, qui ont contaminé une grande partie de l’Europe, dont la France.
Un accident qui a marqué l’Histoire et l’industrie nucléaire
Ce tragique évènement a entraîné des conséquences graves et durables sur l’homme et l’environnement. Les impacts ont concerné tout le continent, voire la terre entière.
L’analyse de l’accident a mis en évidences des défaillances et des erreurs à de nombreux niveaux :
- La conception inadaptée (réacteur instable à faible puissance, dispositifs de sécurité lents ou inopérants…),
- Une procédure d’essai dangereuse, qui isolait un système d’alimentation en eau du réacteur en fonctionnement,
- Le non-respect des procédures de conduite, qui préconisaient un arrêt d’urgence,
- La peur de la hiérarchie,
- Les pressions politiques…
La réponse internationale à ces dysfonctionnements a été la définition et la mise en œuvre de la démarche de culture sûreté. Enfin, un outil qui doit permettre que tout cela soit derrière nous et ne pourra jamais se reproduire.
Vraiment ?
Avoir des règles, c’est bien, mais encore faut-il bien les appliquer. La CGT pense que nous devons rester vigilant car la pression des plannings n’a jamais été aussi forte, celle de la maîtrise des coûts encore plus…
Vous voulez des exemples ?
Qui n’a pas subi dans nos industries des pressions pour tenir absolument les délais et les coûts, avec des injonctions fortes pour éviter absolument des modifications, pourtant jugées importantes par les experts ?
Quels experts n’ont jamais vu leurs positions ignorées, voire dénigrées, avec des positions techniques prise à contrepied de leurs préconisations ? Qui n’a pas reçu pour injonction de justifier des positions techniques contre lesquels il s’était auparavant opposé, à juste titre ?
Souvenez-vous :
- Ce fameux directeur qui disait pour l’EPR de FLA3 : « visez le 12/20 pas plus » : cela n’a visiblement pas fait avancer le projet plus vite, ni convaincu nos autorités de sûreté !
- Le projet EPR2, qui souhaitait à un moment forcer un design du Bâtiment Réacteur rendant impossible le remplacement des Générateurs de Vapeur ! Dommage car sur le parc au bout de 30 ans, ils donnent des signes de faiblesse, donc pour 60 ans on oublie…
- Ou cet autre président d’EDF qui met le planning avant tout (le fameux Lead time) et préconise les décisions rapides (les erreurs, on pourra toujours les corriger après…).
- Plus récemment, au CNEPE, la maitrise de la régulation turbine est transférée vers Arabelle Solutions, faisant perdre une activité « cœur de métier » aux agents, et sacrifiant l’expertise EDF.
- A la DIPDE, les prestations intégrées et « WorkPackages » sous-traitent toutes les études, jusqu’aux relations avec les CNPE. Pour qu’EDF perdre la maitrise des modifications, rien de pire.
- A Edvance, les disparités de traitement salarial et de droits au sein d’un même établissement induisent de la souffrance au travail, un turnover important, et un manque de cohérence et de qualité des réalisations.
Malheureusement, ces mauvaises manières de fonctionner ne se limitent pas à notre industrie, c’est un problème de société :
- Explosion des navettes spatiales Challenger et Columbia
- L’histoire du BOEING 737 XMAX
- L’accident de Fukushima (Voir le rapport du directeur général de l’AIEA)…
Ces derniers exemples concrets illustrent malheureusement comment la cupidité ou l’obéissance aveugle de quelques-uns peut coûter la vie à de nombreuses personnes. Le pire dans tout cela c’est que les vrais coupables s’en sortent bien souvent.
Dans notre entreprises les responsabilités sont diluées et les responsables ne seront plus en poste quand les mauvais choix seront découverts.
Pouvoir et savoir dire non c’est essentiel
Votre responsabilité et celle de vos élus syndicaux est de stopper toute dérive mettant en cause les principes de sûreté et de sécurité.
Les filières indépendantes de sûreté sont là aussi pour cela, n’hésitez pas à les solliciter en cas de doute. Et en cas de besoin, vos élus CGT seront là pour vous accompagner.
Pour ne pas déroger aux exigences et ne pas jouer avec la Sureté :
- La CGT est et reste vigilante sur la pression des plannings, qui n’a jamais été aussi forte,
- La CGT est et reste vigilante sur la chasse aux coûts,
- La CGT s’opposera à l’allègement de la surveillance sous prétexte de « confiance » dans les fournisseurs/partenaires.
- La CGT s’opposera à toute prétendue simplification technique pour raisons économiques au détriment de la sureté…

